Lutte contre la présence des mineurs sur les sites d’orpaillage : « Nous essayons d’enlever les enfants des sites et de leur donner une éducation basée sur du concret à travers l’électronique et l’informatique » dixit Gildas Guiella, fondateur de l’association WakatLab

Entretiens et Interviews

Né le 16 Décembre 2011, l’association WakatLab (ex OuagaLab) est selon son fondateur Gildas Guiella « un espace d’innovation et d’entrepreneuriat ». Il dispose depuis 2018, d’un FabLab (Laboratoire de Fabrication), doté d’imprimantes 3D aux alentours d’un site d’orpaillage à Mogtedo. Premier du genre en Afrique de l’ouest francophone, ce FabLab a pour cheval de bataille la lutte contre les pires formes de travail des enfants et à offrir aux orpailleurs du site des opportunités de travail décent par le développement de solutions innovantes. Afin d’en savoir plus sur cette réalisation qui vise la promotion des droits de l’enfant, une équipe de Droit Info est allée à la rencontre du fondateur de l’association, Gildas Guiella.

Gildas Guiella, fondateur de l’association WakatLab
Source: WakatLab

Droit Info (D I) : Quel est l’objectif visé par votre Laboratoire de fabrication implanté à Mogtéto ?

Gildas Guiella (G. G) : Le FabLab de Mogtédo, nous nous l’appelons « un FabLab humanitaire » dans le sens où l’objectif c’est de réduire la présence des mineurs sur le sites d’orpaillage et aussi de pouvoir améliorer les conditions de travail des orpailleurs en leur offrant plus de perspectives professionnel.


En ce qui concerne les enfants nous œuvrons à réduire leur présence sur les sites d’orpaillage en leur donnant une formation sur l’informatique, la robotique, l’électronique, la modélisation 3D et tous ce qui peut être technologie de nouvelle génération c’est plus attractif et plus formateur. Les enfants arrivent à ne plus être analphabète du numérique car ils arrivent à maîtriser un certain nombre d’outils que les gens même à Ouagadougou ne maîtrisent pas forcément.

Les enfants du FabLab de Mogtédo en formation avec des membres de WakatLab

A Mogtédo, la complexité est que le site est dans le village. Un village, cela signifie un espace habituel de vie commune. Les gens y vivent et les écoles sont à proximité. Alors les enfants préfèrent aller sur le site d’orpaillage pour essayer de travailler afin d’avoir un pain quotidien. Aussi, le plus gros danger est que les enfants y sont utilisés dans une phase qui est celle la plus critique du processus, à savoir la partie lavage. Il faut laver parce qu’ils n’ont pas forcément la force pour creuser. Or, le lavage, c’est là où il est utilisé tous les produits chimiques pour pouvoir nettoyer et obtenir l’or.

D I : Comment arrivez-vous à attirer ces enfants vers le FabLab ?

G. G : sur le site d’orpaillage de Mogtédo, nous avons l’avantage de travailler en collaboration avec l’ONG Terre Des Hommes qui y intervenait déjà. Nous avons bénéficié donc du réseau de l’ONG, qui avait un système de référence et d’alerte sur la présence d’enfant sur le site. Elle disposait à notre arrivée d’un espace de jeu réservé aux enfants. Ce qui a faciliter les choses. Nous travaillons également avec l’action sociale qui assure la prise en charge psycho-sociale des enfants ayant des difficultés à s’intégrer même lorsqu’ils arrivent au FabLab.

D I : Est-ce uniquement les enfants récupérés sur le site d’orpaillage qui fréquentent le FabLab ?

G. G : Notre objectif d’empêcher même l’arrivée d’enfants sur le site. Dans ce sens, ce n’est pas seulement les enfants du site qui viennent au FabLab, mais de différents univers. On y dénombre des enfants scolarisés. Particulièrement, nous voulons créer un pont entre ces deux fragments d’enfants que sont d’une part les enfants qui vont sur le site d’orpaillage et d’autres les enfants qui vont à l’école. Ces enfants évoluant dans différents milieux se perçoivent différemment. Les enfants qui sont sur le site ont des compétences à valoriser et nous travaillons à leur permettre d’apprendre de nouvelles choses orientées sur leurs besoins. En fonction de ce que chaque enfant aimerait faire, nous lui donnons les compétences dans le domaine.

D I : Les outils mis à la disposition des enfants pour leur formation peuvent-ils être retrouvés dans la localité ?

Les enfants en apprentissage au sein du FabLab

G. G : Oui, en effet, une fois que les enfants maîtrisent un outil, ils peuvent le recréer. Les compétences acquises au sein du FabLab peuvent leur permettre de développer leurs propres ateliers. Ceux qui ont développer leur atelier sont chargés de revenir donner un coup de pouce à ceux qui viennent après.

D I : Au regard de vos actions pour le bien-être des enfants de Mogtédo, pensez-vous participer à de leur droit ?

Les activités de WakatLab promeuvent les droits de l’enfant. L’Éducation est un droit basique de l’enfant. Cette éducation, les enfants ne peuvent y avoir accès étant sur un site d’orpaillage. Dans cet espace, l’enfant se retrouve dans un environnement dangereux et sans protection. Sur ces sites, on prépare l’enfant à entrer dans un processus de grand banditisme, toutes les fois qu’il assiste à des bagarres où des personnes se poignardent. Les enfants y subissent des dégâts sous différentes formes. Au sein de notre structure, nous essayons d’enlever les enfants des sites et de leur donner une éducation basée sur du concret à travers l’électronique et l’informatique essentiellement.

D I : Quel est la tranche d’âge des enfants que vous recevez au sein du FabLab ?

L’enfant le moins âgé que nous avons reçu jusque-là au FabLab est dans l’intervalle 9 à 10 ans et c’est vraiment déplorable. Mais c’est encore pire sur le site où, il y a des enfants qui traînent encore à quatre pattes. Dans certains endroit (trous par exemple), il est plus facile pour les enfants d’accéder que les adultes compte tenu de leur corpulence d’où il sont important sur le site.

D I : Quelles sont les formules d’accompagnement de formation que vous avez pour les des enfants ?

G. G : Ce n’est pas un accompagnement classique et ce n’est pas une formation professionnelle que nous donnons aux enfants. Nous les formons dans plusieurs domaines d’activités. Nous leur apprenons à faire des conceptions et à les réaliser. Ils apprennent également au sein du fabLab les bases de l’informatique. Il y a plein de choses qu’ils apprennent et parmi lesquelles ils doivent faire un choix qui nous permet de les diriger vers des centres de formation spécialisés dans les domaines choisis.

D I : Qu’est-ce qui pousse les enfants vers le site d’orpaillage selon les études que vous avez menées avant l’implantation du FabLab à Mogtéto ?

G. G : Les parents y sont pour beaucoup de choses. Cela même s’ils ont conscience qu’aujourd’hui l’orpaillage n’est pas une voie pour les enfants. C’est vraiment dommage. Il y a des parents qui vous disent de regarder par exemple l’enseignant qui enseigne son enfant qui n’arrive même pas à s’en sortir : qu’est-ce que mon enfant va devenir demain ? Il y a l’influence des amis qui travaillent sur le site et aussi des orpailleurs qui influencent à la fois les enfants et les parents de par leur façon de s’habiller et de manger. Ceux-ci, une fois qu’ils gagnent quelque chose ils se font remarquer par leur style d’habillement en achetant des motos et attirent ainsi la convoitise des autres enfants. En bref, ils vivent de façon à montrer qu’ils sont aisés, car ils estiment risquer leur vie donc ils vivent au maximum.

D I : Pourquoi le choix de Mogtedo alors qu’il y a plein d’autres zones abritant des sites d’orpaillage au Burkina Faso ?

G. G : Nous travaillons en collaboration avec l’ONG Terre des hommes et l’action sociale. Notre choix s’est fait par rapport à ces partenaires qui, avaient déjà posés des bases favorables à la mise en œuvre de ce projet pilote.

D I : Comptez-vous des filles qui viennent au FabLab ?

L’une des filles en train de faire un montage électronique

G. G : Les filles représentent entre 52 à 55% des enfants qui fréquentent le FabLab. Les raisons de leur présence sur le site sont au tout début commercial. Elles viennent pour des activités de vente d’eau, de nourriture, mais lorsque cette vente prend fin, elles restent sur le site et ramassent les terres pour un lavage dans l’espoir de trouver quelques débris d’or. Également elles sont utilisées pour casser les pierres. La majorité de ceux qui cassent les roches sont des femmes et ces femmes viennent sur le site avec leurs fillettes qui les aident et qui se retrouvent sur le site.

D I : Est-ce que vous bénéficiez de l’accompagnement de l’Etat au-delà de vos partenaires ?

G. G : Il existe un lien qui est en train de se tisser entre nous et le Ministère de l’économie numérique. Nous les invitons quand nous avons des activités et eux également nous impliquent dans leurs activités. L’accompagnement de par l’encouragement personnel nous l’avons. Cependant, notre cible n’est pas que le Ministère de l’Économie numérique. Le Ministère de l’Enseignement, de l’Alphabétisation et le ministère de la jeunesse et de l’entrepreneuriat devraient s’intéresser à ces initiatives. Aujourd’hui le système de l’éducation n’est pas adapté au Burkina Faso et on devrait promouvoir ces initiatives qui permettent aux jeunes de pouvoir faire quelque chose de bien même lorsqu’ils n’entreprennent pas sont des employés dans des entreprises.

D I : Votre dernier mot

G. G : J’insiste sur l’éducation. Je pense qu’il va falloir qu’on essaie d’intégrer une nouvelle manière de voir les choses ; apprendre aux gens que le risque et l’erreur sont des vecteurs de réussite et qu’on ne peut vraiment réussir sans traverser cela. Que les gens sortent de leurs zones de confort pour explorer d’autres horizons.

Judith Kabré
Cynthia Valéa
www.droitinfo.bf

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