Le « marabout escroc » et ses génies du barrage de Boulmiougou

Revue des Cours et Tribunaux

12 février 2020, il est 8 heure. Au Tribunal de Grande Instance de Ouagadougou les juges font leur entrée dans la salle d’audience qui est pleine à craquer. L’ordre du jour portait sur une affaire de « marabout escroc ». Suivez le film relaté de toute pièce dans cet article.

Des faits, il ressort que M. Bourgou, féticheur de son Etat est prévenu d’avoir escroqué Mme Mariam à hauteur de 2 930 000 FCFA courant le mois de novembre 2019 et M. Lassané à hauteur 4 000 000 FCFA courant 2016.

Devant le tribunal, le prévenu nie de façon catégorique les faits qui lui sont reprochés. À l’effet de cerner l’ensemble du film, les juges lui demande de s’expliquer. Il se met aussi tôt à la tâche.

Du récit du féticheur


« Mme Mariam est venue me voir pour un travail et je lui ai demandé la somme de 2 930 000 FCFA. Si le travail marche Alhamdoulillah, si ça ne marche pas je te retourne ton argent ». Quel genre de travail ? Demande le juge. « Elle m’a dit elle veut un mari, une parcelle, un voyage à l’extérieur et une voiture », a répondu le féticheur. « A quoi était destiné la somme de 2 930 000 FCFA ? », a interrogé le juge. « C’était pour acheter les bœufs, les moutons pour faire des sacrifices. On tue et on donne aux mendiant et on fait des incantations (prières) » a déclaré l’accusé. Vous avez noté quelque chose sur un bout de papier pour remettre à Mme Mariam, qu’est-ce qui était écrit ? Demande le juge à nouveau. « Oui j’ai dit que si elle veut réaliser ce qu’elle voulait elle doit payer la somme » répondit-il. Est-ce que vous avez le pouvoir de faire réussir une personne demande encore le juge. A cette question il répond par un « NON ». Et il ajoute : « moi je compte sur le pouvoir de mon grand-père au village et je pensais que ça allait marcher et je lui ai dit qu’elle devrait se laver avec des feuilles d’arbre appelé nabakamou et yélémou ». Pour répondre au juge, le féticheur prétendu avoue qu’il était convaincu de la réussite du travail.

Et Mr Kafando, que voulais-t-il ? Demande le juge. « Lui il voulait une protection (wack) pour se protéger contre les ennemies et je lui ai dit d’envoyer 1 500 000 FCFA »

Du récit des victimes

Les victimes ont par la suite été appelées à la barre pour des explications.
Mme Thiombiano Mariam en première position explique comme suit : « j’étais dans mon restaurant, quand Yana un monsieur de mon quartier à qui je confiait toute mon secret (je veux une voiture, un voyage, un mari et une parcelle), est venu me voir qu’il y a un féticheur nommé Yarga qui peut m’aider. Nous sommes partis mais je me suis retourner en chemin. Deux jours après, il est revenu avec Yarga (le féticheur qu’on devrait aller voir) et ils m’ont dit qu’il y a leur grand maître qui quitte en voyage pour venir qu’il est très fort qu’il peut m’aider. Je suis parti trois jours après pour aller le voir pour une consultation. Je suis rentré et me suis assise et il a fait des incantations et il m’a dit que je voulais une voiture, une parcelle, un voyage, et un mari. J’ai répondu “oui”. Il m’a alors dit qu’il pouvait m’aider. Mais que je devais envoyer un mouton et un coq blanc que j’ai rapporté le lendemain. Il m’a demandé de me déshabiller et il a frotter le coq sur tout mon corps et il m’a abaissé sur son gris-gris et le coq est mort. Puis il m’a dit : « ô Madame le sacrifice a marché. Il m’a ensuite donné une enveloppe qu’il a mis dans un canari et il m’a tourné trois fois et il m’a donné une potion à me laver avec. Avant de rentrer il m’a demandé 3 920 000 FCFA. Je n’avais pas cette somme mais M. Yana a dit qu’il allait m’aider. J’ai donc réuni une partie avec l’aide de M. Yana. Arrivé chez le féticheur, il a pris l’argent, il m’a déshabillé encore et frotté l’argent sur tout mon corps. Après il a éteint la lumière et il a mis l’argent dans canari et il m’a dit de ne pas ouvrir le canari. On était un jeudi et il m’a dit de revenir avec le canari le mercredi et aussi avec un nouveau téléphone et une nouvelle puce. Je me suis rendu là-bas le mercredi avec le canari et le téléphone avec la puce. À mon retour il a mis le téléphone dans un sachet et m’a dit d’aller le jeter dans le barrage de Boulmiougou et qu’après cela les génies allaient m’appeler pour me dire que le sacrifice a marché. Ce qui fut donc fait et sur le champ une personne m’a appelé me confirmant la réussite du sacrifice mais que je devais faire un autre sacrifice. J’ai donc appelé M. Bourgou pour le lui annoncer et il me dit de venir payer la totalité pour qu’il finisse le travail. Je me suis donc rendu chez lui un vendredi avec l’argent, il a emballé l’argent dans du lotus attaché avec un fil rouge et il m’a fait porter ça au coup et il faisait des incantations. Il a encore mis l’argent dans un canari et il m’a dit de ne pas ouvrir et de revenir avec le canari le lundi. Je me suis rendu il n’était pas là et il était injoignable sur son téléphone.

M. Bourgou où étiez-vous ? Demande le juge. « J’avais déménagé parce que mon bailleur était venu me chasser parce qu’il a découvert que j’étais un marabout », a-t-il déclaré.

Quant à M. Lassané, il affirme : il y a le frère de M. Bourgou appelé Dramane qui venait fréquemment voir ma mère. Et un jour m’a mère me dit que ce dernier dit pouvoir m’aider pour une protection contre mes ennemies. C’est ainsi que j’ai pris contact avec M. Dramane qui m’a par la suite conduit chez mon M. Bourgou. Arrivé ce dernier a tapé le sol et il m’a donné un médicament pour mettre dans mon coffre pour attirer la clientèle puisque je suis un commerçant et il m’a demandé 320 000 FCFA. Je lui ai dit que je n’ai que 200 000 FCFA. Son frère Dramane m’a dit qu’il allait m’aider. J’ai donc réuni l’argent avec l’aide de Dramane. Je suis revenu quelques jours plus tard avec l’argent. Il a pris l’argent il a attaché avec un fil rouge et il dit de revenir le lendemain. Je suis revenu et il m’a encore demandé 1 000 000 FCFA qu’il allait prendre pour acheter un dromadaire et son frère m’a encore aidé. Je suis venu avec l’argent. Il m’a ensuite demandé 1 500 000 FCFA pour aller faire des sacrifices au cimetière. Et il m’a donné un canari et il m’a dit ”va déposer ce canari sous ton lit et trois jours après tu frottes 150 000 FCFA sur ton corps et tu m’envoie ça avec ton caleçon”. Ce que j’ai fait sans hésiter. Quelques jours plus tard il m’a demandé d’envoyer un nouveau téléphone Samsung et une puce. J’ai donc envoyer le téléphone, il m’a pris dans une voiture, lui, moi et un vieux et nous sommes allés jeter le téléphone dans le barrage de Boulmiougou. Quelques minutes après on m’appel sur mon téléphone pour me dire que le sacrifice a marché et que je devais encore faire d’autres sacrifices. Immédiatement j’appelle M. Bourgou qui m’a encore demandé des sommes pour la finalisation du travail. Et à chaque fois il me demandait une somme d’argent que j’envoyais par orange money. Jusqu’à ce qu’un jour j’essayais de l’appeler mais il était injoignable pendant des mois.

M. Bourgou qui appelait lorsque les victimes jetaient leur téléphone dans le barrage ? Demande le juge. « C’est moi j’appelais sur leur téléphone. J’enlève la puce dans le téléphone et après qu’ils aient jeté, je prends la nouvelle puce qu’ils ont envoyé et je les appelle » a-t-il déclaré.


M. Lassané a déclaré que les remises de sommes ont commencé en 2016 jusqu’en 2017 et que la sommation est à hauteur de 4 000 000 FCFA. Il demande donc la restitution intégrale de cette somme.
Mme Mariam quant à elle exige la condamnation de M. Bourgou mais ne demande pas la restitution de son argent.

Des réquisitions du procureur

Pour le procureur, l’escroquerie est une infraction pénale prévue et punie par l’article 613-1 et 2 du code pénal du Burkina Faso. En l’espèce, il a qualifié les faits d’escroquerie en ce sens que M. Bourgou s’est présenté comme étant un marabout qui pouvait faire réussir les victimes en usant de manœuvres frauduleuse. Ce qui a donc causé un préjudice aux victimes. Par conséquent, il a demandé au tribunal de déclarer coupable M. Bourgou des faits que lui reprochent les victimes et de le condamner à une peine d’emprisonnement ferme de 4 ans et une amende ferme de 500 000 FCFA.

La délibération est prévue pour le 19 février 2020

Daouda Sory
Droitinfo.bf

6 thoughts on “Le « marabout escroc » et ses génies du barrage de Boulmiougou

  1. Vraiment je comprends pas certaine personne tu as 2.500.000f tu veux voiture, parcelle, voyage à l’extérieur c’est simple essai de te concentrer tu peux faire mieux que ce que tu désire même.mes cher frère et sœur ouvrons l’oeil maintenant.cest vrai Dieu existe mais moi j’aurai dit que le premier dieu de l’homme est l’homme lui mem.

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