Jour : 9 février 2020

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Mme Zata, résidente dans le village de Bengdo, au Burkina Faso, est accusée de pratique de sorcellerie par des membres de la communauté. Une accusation qui a valu son exclusion de son village, sous peine de voir son mari tué. Devant les juges du TGI de Ouagadougou, cette affaire a fait objet de jugement, le vendredi 07 février 2020. Le film de l’audience dans cet article !

Courant 2013, les Sieurs Waongo, Wendemi, Moumini et Bassibli ont accusé Mme Zata d’avoir tué leur frère Pyga, en pratiquant de la sorcellerie. Au tribunal, ces derniers, prévenus à la Maison d’arrêt et de correction de Ouagadougou (MACO), déclarent : « c’est le défunt lui-même qui, avant de mourir a réuni le village pour l’accuser d’être à l’origine de sa maladie. ». Pour prouver son innocence, il a été décidé que Mme Zata, devait se rendre devant l’autel du fétiche du village, pour y faire un sacrifice. Sur place elle devait dire le vœu suivant : « Ô fétiche, si c’est moi qui suis à l’origine de la maladie de Pyga, n’accepte pas mon offrande (allusion faite au poulet qu’elle a égorgée sur l’autel du fétiche du village) ».

Comme exigé, le sacrifice fut fait au nom de Mme Zata. Mais le féticheur du village et les villageois ont estimés que l’offrande a été rejetée par le fétiche. Un deuxième sacrifice fut fait pour elle mais le résultat était le même : le fétiche refuse l’offrande à en croire la position du poulet égorgé. Le même sacrifice fut fait au nom du malade. « C’est moi qui accuse Zata d’être à l’origine de ma maladie, si je mens n’accepte pas mon poulet mais si je dis la vérité accepte le », avait déclaré le malade devant l’autel du fétiche au moment du sacrifice. Malheureusement pour dame Zata, le féticheur et les villageois observent à travers le poulet mort et laissé sur le sol, que le fétiche a accepté le poulet. Prouvant ainsi, d’après eux, que Zata est bien une sorcière et à l’origine de la souffrance du malade. Suite à ces incantations fétichistes qui culpabilisent la femme, le malade a demandé son bannissement du village.

Dame Zata quitte donc le village le même jour et le lendemain, le malade rend l’âme. Des mois plus tard, Zata revient au village ; mais les frères du défunt, lui donnent l’ordre de quitter le village et de ne plus jamais y remettre les pieds. Son mari a alors maintes fois entrepris des démarches pour lui permettre de revenir au village mais en vain. Même l’intervention des services de l’Action sociale ne les a pas dissuadés de leur position. Ils sont restés ferme, sous prétexte que si dame Zata revenait dans le village, trois autres personnes de la communauté parmi lesquelles le chef du village, risqueraient de mourir. « Quand je suis revenue après l’enterrement, ils m’ont dit que si je ne quitte pas le village, ils allaient me tuer. Waongo m’a menacée et les autres disent que si mon mari réclame mon retour, ils vont le tuer », a-t-elle confié. Les choses ont persisté jusqu’en 2018. Là, le mari décide enfin de saisir la justice pour permettre un retour effectif de sa femme dans le village.

A la barre, le procureur demande aux prévenus s’ils seraient à mesure d’identifier un sorcier ou une sorcière. Ils ont tous déclaré « NON ». Il poursuit et demande à Waongo si son frère (le défunt) avait des pouvoirs surnaturels de son vivant qui lui permettaient d’identifier une sorcière. Il répondit « NON ».

De l’intervention des différentes parties

Le Procureur explique que l’acte d’accusation de pratique de sorcellerie est une infraction prévue à l’article 514-1 et 3 du code pénal du Burkina Faso. Il précise que les prévenus ont déclaré que le défunt, d’une part, n’était pas capable d’identifier une personne « sorcière » ; et d’autre part que, le fétiche ne peut pas trouver de remède à une maladie liée à de la sorcellerie mais, a identifié dame Zata. Ce dernier point, montre que l’infraction d’accusation de pratique de sorcellerie est constituée. L’exclusion et les menaces contre dame Zata, si elle revenait au village, montre que les prévenus ne sont pas prêts pour la réintégration de celle-ci. Il requiert une peine d’emprisonnement de 36 mois dont vingt-quatre ferme et une amende de 250 000 FCFA pour les accusés.

Dans ses réquisitions, il a demandé au tribunal de sanctionner les prévenus à la hauteur de l’infraction commise. Il estime qu’il n’y a eu aucun repentir de leur part. Pour cela, il demande des dommages et intérêts à hauteur de 30 000 000 FCFA pour la victime, au regard de la situation précaire dans laquelle elle a été mise.

Pour la partie civile, les prévenus ont posé des actes qui n’honorent pas la personne humaine. La défense quant à elle nie les faits et déclare que les prévenus ne sont pas ceux qui ont accusé Mme Zata de sorcellerie. Aussi, leurs avocats estiment qu’il n’y a pas d’élément qui prouve l’exclusion de dame Zata du village, car elle est partie d’elle-même.

Rendez-vous le 21 février 2020 pour le délibéré du jugement !

*Le nom de la victime (Zata), est un nom fictif.


Daouda sory
Droitinfo.bf